Rechercher
  • Yves Ecoffey

Le délit médical: comment le définir?

Dernière mise à jour : 12 avr. 2020

Le délit est défini comme une infraction passible de peine correctionnelle. Comment alors un acte médical, supposé soulager la souffrance voir guérir peut-il être délictueux? Quelle infraction faut-il commettre et contre quoi ou contre qui pour être délictueux?

La maladie se définit comme une atteinte à la santé physique ou mentale qui sont en fait liées et ont un dénominateur commun: la souffrance. Celle-ci ne peut être mesurée par un quelconque appareil ou par une évaluation méthodique. Il s'agit d'un ressenti et diffère d'un individu à l'autre pour une même pathologie, un vécu malheureux, désagréable et nociceptif propre à chacun. Tout traitement consiste à répondre à ce mal être de manière à retourner au statu-quo anté ou du moins à soulager.

La relation entre les deux intervenants, en l'occurrence médecin et patient, est déterminante pour le devenir du traitement. Si la perception réciproque n'est pas bonne, des problèmes d'interprétation vont survenir. Ceux-ci vont conduire à une attitude tronquée, à un dérapage thérapeutique. Au cas où ce dérapage serait considéré comme malveillant, le patient pourrait alors l'interpréter comme un délit et être poussé à porter plainte.

La souffrance est la manifestation clinique de la maladie. C'est contre elle que médecin et patient doivent lutter dans le cadre d'une relation singulière. Les moyens pour y parvenir sont multiples mais leur choix dépend d'une part de la connaissance du médecin et d'autre part de l'adhésion du patient au traitement, ce que l'on appelle dans le jargon médical la compliance.

La connaissance du médecin est à la fois livresque, académique et liée à son expérience, mais également à l'état du patient et à son vécu. C'est sur cette base que le praticien pourra prendre les décisions adaptées à la situation du moment. Si ceci est valable tout au long de la vie, il l'est également et tout particulièrement en fin de vie.

C'est ainsi que si la situation est mal évaluée, elle va évoluer vers une erreur qui sera agie à moins qu'elle ne soit évitée par l'intervention d'un tiers. Celui-ci peut intervenir simplement en relevant l'erreur ou en servant de médiateur.

En cas d'incompréhension plus ou moins malveillante, l'erreur sera alors assimilée à un délit, c'est-à-dire à une infraction. La maladresse fautive devient une volonté de nuire.

La situation est totalement paradoxale puisque la volonté est de soulager voir de guérir. Il faut bien reconnaître que si une infime minorité d'individus pervers se réjouissent de la situation, dans la très grande majorité des cas le prétendu coupable se trouve aussi malheureux que la victime. Mais alors pourquoi en est-on arrivé là?

A mon sens, la réponse est l'acharnement thérapeutique. En effet, la frontière entre une bonne indication conduisant à un acte thérapeutique réussi, c'est-à-dire répondant à l'attente réciproque du médecin et du patient, et un acte malheureux appelé iatrogène est floue. A vouloir trop bien faire, on perd l'écoute nécessaire à une action raisonnablement réfléchie.

La souffrance est à la base du problème: elle est toujours insupportable ce qui peut expliquer des actes irréfléchis. Toutefois, il y a un seuil de tolérance au delà duquel la seule réponse est la mort. Ce seuil est différent pour chacun et pour chaque situation.

La mort, qui est trop souvent considérée comme un mal est en fait un bien nécessaire. Elle peut être comprise à plusieurs niveaux: non seulement au décès mais également à une perte partielle mais définitive comme dans le cas d'une invalidité. Il apparaît alors clairement qu'une interprétation basée sur une hypothèse est nécessaire.

Ce qui est valable pour un individu peut être extrapolé à toute la collectivité. L'incapacité à gérer la situation provoque une crise qui ouvre la porte à un devenir meilleur: c'est le renouveau. La crise mondiale que nous vivons actuellement doit à mon sens être interprétée dans ce sens.


24 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Le sens du déni

Dans ce blog, trois post décrivent trois erreurs médicales ayant des conséquences propre à chacune. L'erreur est humaine dit-on, la question n'est donc pas de savoir s'il y a des erreurs mais quelles

Erreur potentielle: une question de déontologie.

Comment exprimer son mal être: par des mots, par un comportement ou par un habitus? Probablement un peu des trois afin de suggérer une approche diagnostique la plus juste possible. Le fait est que com