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  • Yves Ecoffey

Erreur potentielle: une question de déontologie.

Dernière mise à jour : 12 févr. 2020

Comment exprimer son mal être: par des mots, par un comportement ou par un habitus? Probablement un peu des trois afin de suggérer une approche diagnostique la plus juste possible.

Le fait est que comme la météo, l'état clinique d'un patient peut rapidement changer rendant la compréhension de son suivi plus ou moins difficile. De ce fait, l'interprétation de l'évolution clinique par un nouvel intervenant, confrère, peut être sujette à des influences extra-médicales ouvrant la porte à une expertise au mieux extra-judiciaire mais parfois à une plainte.

Les troubles fonctionnels d'un patient consultant en urgence peuvent être le terreau d'un conflit provoqué par la toute puissance d'un expert spécialiste mandaté.

J'ai eu le triste privilège d'être à l'origine d'un tel conflit que j'ai la chance, moi, de pouvoir narrer ici:

Un jour férié vers 17 heures, une patiente me consulte pour des douleurs abdominales récurrentes depuis quelque temps. Elle se sont exacerbées le jour de son départ en vacances pour la montagne. J'effectue un bilan clinique et para-clinique d'usage, afin d'exclure une urgence vitale, en particulier chirurgicale. Je puis la rassurer sans minimiser sa douleur et de lui dire que les vacances lui feraient sûrement du bien. Elle me quitte avec une ordonnance de laxatifs doux.

Durant ses vacances, elle consulte à nouveau un confrère qui fait la même chose que moi en lui proposant de consulter un spécialiste à son retour, ce qu'elle fit.

Horrifié par mon attitude en première instance, celui-ci a proposé pour ne pas dire sommé la patiente de porter plainte contre moi auprès des autorités sanitaires. J'ai contacté le médecin en charge de la santé publique qui m'a dit au téléphone: "oui, nous avons affaire à un confrère peu déontologique..." sans pour autant organiser de médiation.

Accusé, j'ai dû plaider devant une cour composée de médecins et d'avocats afin de prouver ma bonne foi et mon attitude correcte. N'ayant pas commis d'erreur, il n'y a pas eu de suite et la patiente s'est retirée en disant que cette affaire devait se régler entre médecins.

Très mécontent de cette décision et blessé dans son amour propre, le spécialiste ne pouvait pas en rester là...

Le dossier concernant cette affaire se résume en plus de mille pages durant une période d'environ cinq ans. En effet, j'ai décidé de ne pas me laisser faire et de m'opposer au refus d'organiser une médiation comme mentionné ci-dessus. Le confrère ayant tenu à mon égard des propos à la patiente disant que j'avais voulu la tuer en lui prescrivant des laxatifs a toujours catégoriquement refusé de me rencontrer.

Malgré ce fait avéré, les autorités sanitaires ne se sont pas contentées de ne pas exiger de médiation, mais ont abordé en son sens. De ce fait, le confrère a commencé par m'attaquer sur huit points concernant ma pratique et ma facturation. Il a eu accès à tous les documents utiles en ce sens, sans qu'a aucun moment il ne soit confronté à son attitude incorrecte ni qu'on ne lui mette de limite.

En effet, le simple fait de refuser de parler à quelqu'un avec lequel on est on conflit, et ce en présence d'un tiers bienveillant et de son choix, est inacceptable. Ce d'autant plus que la patiente qui était l'objet du conflit s'est retirée en disant qu'il s'agissait d'un problème purement médical. Il n'y avait donc pas, ou plus de plainte. Il est donc évident qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre! Et pourtant, les autorités sanitaires ont emboîté le pas du confrère en continuant à me demander des comptes sur la base de ses attaques.

Le relais a été pris lorsque j'ai été attaqué dans l'affaire décrite dans mon post "La troisième erreur, fatale pour le médecin". Les motivations politiques liées à mes engagements décrits dans mon blog www.yvese.org sont alors évidentes.

La mauvaise foi de mon confrère est démontrée lors qu'il affirme dans un des multiples courriers qu'il m'a adressés que: "vous avez raté le diagnostic d'une occlusion intestinale...". En effet une occlusion intestinale sous entend la fermeture du passage et ne saurait être banalisée dans l'urgence. De plus, un autre médecin consulté quelques jours plus tard pour des symptômes similaires a eu la même attitude que moi. Il a donc lui aussi "raté le diagnostic", sans pour autant être inquiété.

La seule défense possible à mon sens pour tenir le coup lors d'un tel acharnement est l'humour. J'ai eu l'occasion d'en rire lorsqu'il m'a écrit un soir à 22h15 une lettre à l'entreprise médicale dont j'étais administrateur à l'adresse de ma commune d'origine, précisant: "lettre manuscrite car mes 2 secrétaires n'arrivent plus à suivre". A cette occasion, il porte à nouveau plainte contre moi auprès de la commission de déontologie en envoyant une copie à son deuxième avocat car l'article 30 du code le lui permet...

J'ai eu vent, et je veux bien le croire, qu'une grande partie du budget de la société médicale à laquelle on paye des cotisations sert à financer ce genre d'action, alors qu'un simple entretien de médiation permet de régler la situation.

Comme quoi il n'y a pas de limite et comme dit l'adage "plus on est de fous, plus on rit". En effet, il fallait être un peu fou de ma part pour continuer à s'acharner dans une telle situation. Mais j'ai choisi de ne pas me laisser faire et en assume les conséquences.






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