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  • Yves Ecoffey

La première erreur est paradoxale : le piège des guidelines.

Dernière mise à jour : 31 janv. 2020

L'urgence met parfois les médecins en situation de crise ingérable. Lors de catastrophe par exemple, ils peuvent être amenés à devoir "choisir" les patients dont ils peuvent matériellement s'occuper, étant totalement débordés.

Chaque année, de manière plus sournoise, la grippe peut tout-à-coup virer à l'épidémie, rendant le nombre de consultations d'urgence difficile à gérer.

Je me suis trouvé dans une telle situation. Les consultations qui s'enchaînaient à un rythme effréné ne laissaient pas le temps à un examen et à une réflexion prolongés.

C'est ainsi que lorsque les symptômes grippaux sont typiques et très semblables à ceux du patient précédent, il peut arriver de ne pas apporter le soin nécessaire à un examen clinique adapté à la situation.

Le risque est alors de passer à côté d'une surinfection qui est la complication majeure de la grippe.

C'est ce qui m'est arrivé en fin de consultation d'une journée très chargée: il s'agissait d'une patiente sévèrement asthénique et se montrant très déprimée par sa situation psycho-sociale difficile. Son alimentation avait certainement dû en souffrir, ce qui fait qu'elle devait être passablement immunodéprimée en ayant mobilisé toute ses défenses pour lutter contre le virus grippal.

Mon examen clinique et mon feeling ne m'ont pas fait suspecter une quelconque bactérie hautement pathogène pouvant être à l'affût. Pourtant ce fut le cas.

En effet, ce qui s'est avéré être un pneumocoque était entrain de se multiplier à la faveur de défenses immunitaires affaiblies.

Peu après la consultation, celui-ci a développé des complexes immuns qui, tel des caillots de sang ont provoqué une forme d'embolie appelée CIVD: coagulation intravasculaire disséminée. Celle-ci fut responsable d'une nécrose des quatre membres ayant nécessité une amputation...

"Elle était mignonne, elle est mognonne" a dit le malheureux orthopédiste ayant dû pratiquer le geste. Il se devait de se protéger d'être obligé d'avoir à effectuer un acte intolérable.

Je n'ai pas revu cette patiente et ai eu deux téléphones avec son père qui a compris ma méprise et souhaité que nous en restions là.

J'avais donc fait tout juste c'est-à-dire tout faux: en effet, les guidelines préconisent de ne pas donner d'antibiotique pour une grippe qui est une affection virale. Toutefois, il faut se méfier de la surinfection qui n'entre pas dans le cadre d'une simple grippe. Si pour une telle situation, on peut imaginer que les recommandations soient nuancées, il est de toute évidence que les co-morbidités ne peuvent pas systématiquement l'être. De ce fait, les guidelines ne sauraient être appliquées tel des recettes de cuisine.

La relation médecin-malade et le feeling qui la sous-tend sont donc essentiels: c'est l'Art médical.



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