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  • Yves Ecoffey

Erreur médicale : erreur fatale?

Dernière mise à jour : 4 févr. 2020

L'erreur médicale reste souvent énigmatique quant à sa genèse et à sa réalisation. En effet il est fréquent qu'une mauvaise réflexion soit à son origine et qu'au niveau de la chaîne des différents intervenants aucun ne s'en aperçoive avant qu'elle soit malheureusement effective. Parfois il s'agit d'un geste ou d'un acte précis et identifiable mettant l'auteur malheureux dans une fâcheuse posture. De plus, il est très rare qu'il s'agisse d'un acte volontairement malveillant, le soignant en l'occurrence médecin ayant vocation de soulager et d'essayer de guérir. Malgré cela les actes iatrogènes et autres indications mal posées sont malheureusement légion et potentiellement répréhensible, même pénalement. On comprend dès lors aisément pourquoi la seule défense est le déni sous couvert de fatalité, ce qui met les patients et leurs proches dans un désarroi complet. D'ailleurs si le patient est malade, est-ce la faute du médecin?, rétorquera-t-on.

Si l'erreur est niée, c'est parce qu'elle est implicitement reconnue par le biais de l'acceptation de la non toute puissance médicale: chacun sait plus ou moins consciemment que le médecin ne peut pas tout mais a besoin de le croire. Il s'agit d'une pensée magique permettant de se persuader d'un risque nul lors d'un acte médical. Ceci permet à la fois d'y adhérer et d'y croire. Ce qui va réellement se passer ne peut se ressentir que par le biais de la relation médecin-malade, fer de lance de tout traitement et en particulier de l'indication à celui-ci. C'est l'Art médical qui se singularise dans l'entretien, avec tout le feeling que cela suppose. Toutefois l'aspect financier pervertit le cadre thérapeutique. En effet, la qualité de la relation dépend de sa sincérité et de son authenticité. L'aspect financier doit être clair et bien géré pour ne pas interférer dans celle-ci.

Si la relation n'est pas particulièrement bonne pour ne pas dire excellente, le risque que les choses tournent mal en cas de problème est majeur. C'est alors que le déni entre en force. Si il s'agit du déni de l'erreur, c'est parce-que celle-ci est potentiellement délictueuse. En effet, la frontière entre erreur et délit est une zone grise indéfinissable qui laisse la porte ouverte à tous les dérapages. Une omerta tacite se crée alors autour de l'erreur: le médecin qui l'avoue ne sera jamais soutenu par ses confrères... Il s'agit de créer des conditions cadre particulièrement claires et bienveillantes pour pouvoir oser avouer l'ombre d'une défaillance.

Dans le post consacré à l'erreur fatale pour le médecin, vous pourrez découvrir ce qui m'est arrivé pour avoir assumé mon erreur. Mais le paradoxe, essence même de la médecine, est que le patient va mieux mais pas grâce à moi m'a-t-on dit.

Certes, et ce dans quelque domaine que ce soit, personne ne peut se targuer de faire et de réussir tout tout seul. L'acceptation de la nécessité d'un travail en réseau fait perdre sa toute puissance au leader, ce qui est insupportable pour certains.


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